Comparatifs

Louer nu ou meublé : quel régime fiscal choisir ?

Déficit foncier d'un côté, amortissement LMNP de l'autre : deux mécaniques fiscales qui ne récompensent pas les mêmes biens ni les mêmes profils — le comparatif honnête, cas par cas.

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Août 2026 Alexandre Pollet, fondateur de Le Rempart FinancierTemps de lecture : 14 minutes
Appartement ancien rénové et meublé, illustrant le choix entre location nue et location meublée

La réponse courte : si votre projet comporte de gros travaux et que vous êtes imposé à une tranche marginale de 30 % ou plus, la location nue au réel — et son déficit foncier imputable jusqu'à 10 700 € par an sur le revenu global — frappe plus fort et plus vite. Si votre bien est en bon état et que vous cherchez un loyer récurrent faiblement imposé, le meublé au régime réel — et son amortissement qui neutralise le résultat pendant de longues années — est structurellement plus efficace. Entre les deux, le choix ne dépend ni d'une mode ni d'un « meilleur régime » dans l'absolu, mais de trois variables : l'ampleur des travaux, votre tranche d'imposition et votre tolérance à la gestion. Cet article les passe en revue une par une, chiffres à l'appui, y compris dans les cas où aucune des deux options n'est la bonne.

Le point de départ est presque toujours le même. Vous venez d'acheter — ou d'hériter — d'un appartement, et la première déclaration de revenus fonciers fait mal : chaque euro de loyer s'ajoute à vos autres revenus, imposé à votre tranche marginale augmentée des prélèvements sociaux. À 30 % de TMI, cela représente 47,2 % de ponction sur un revenu foncier net ; à 41 %, ce taux grimpe à 58,2 %. Prenons un cas composite, anonymisé, représentatif des dossiers que nous recevons : un cadre imposé à 30 %, propriétaire d'un T2 de 45 m² dans une ville universitaire, loué 750 € par mois. Il hésite entre garder son locataire en place (location nue) et basculer en meublé à la prochaine échéance du bail. La différence d'impôt entre les deux options, sur dix ans, se chiffre en dizaines de milliers d'euros — dans un sens ou dans l'autre, selon le profil du bien.

Avant de trancher, une définition en une phrase chacune. La location nue relève des revenus fonciers : micro-foncier avec abattement forfaitaire de 30 % sous 15 000 € de recettes annuelles, ou régime réel avec charges et travaux déductibles — c'est là que vit le déficit foncier. La location meublée relève des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) : micro-BIC avec abattement de 50 % en longue durée, ou régime réel avec amortissement du bâti, des travaux et du mobilier — c'est le statut LMNP. Deux logiques fiscales différentes, deux baux différents, deux types de locataires. Voyons précisément quand chacune gagne.

Louer nu ou meublé : quel impact sur mes impôts, à loyer identique ?

Comparons d'abord les mécaniques à situation égale. En location nue, le loyer net de charges est imposé au barème de l'impôt sur le revenu, plus 17,2 % de prélèvements sociaux. En meublé, le résultat BIC est imposé au barème plus 18,6 % de prélèvements sociaux — la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a relevé la CSG sur les BIC de location meublée non professionnelle, alors que les revenus fonciers restent à 17,2 % (service-public.fr, fiche F2329). Pris isolément, ce point donne un léger avantage au nu. Mais il est presque toujours renversé par la différence d'assiette : ce qui compte n'est pas le taux appliqué, c'est le montant sur lequel il s'applique.

Au micro, l'écart est déjà net : le micro-foncier (article 32 du CGI) n'abat que 30 % des loyers, sous un plafond de 15 000 € de recettes du foyer, inchangé depuis 2002. Le micro-BIC (article 50-0 du CGI) abat 50 % des recettes d'une location meublée de longue durée, sous un plafond porté à 83 600 € pour la période 2026-2028. À loyer égal, le meublé au micro divise donc l'assiette imposable d'un tiers de plus que le nu au micro. Et au régime réel, l'écart change carrément de nature : le LMNP au réel ajoute aux charges déductibles un amortissement comptable du bâti (sur une trentaine d'années en pratique), des travaux et du mobilier, qui ramène très souvent le résultat imposable à zéro pendant dix à vingt ans — sans créer de déficit, l'excédent étant reporté sans limite de durée (article 39 C du CGI).

Combien d'impôt sur 9 000 € de loyers annuels ? L'exemple chiffré

Reprenons notre cas composite : 750 € par mois, soit 9 000 € de loyers annuels, pour un foyer à la TMI de 30 %. Les hypothèses de rendement, de durée et de fiscalité sont fournies à titre illustratif. Elles ne constituent pas une garantie de performance et devront être adaptées à votre situation. La TMI de 30 % est retenue parce qu'elle correspond à la tranche de 29 579 € à 84 577 € de revenu imposable par part — la plus fréquente chez les investisseurs locatifs que nous accompagnons.

RégimeAssiette imposableTaux global (TMI 30 %)Impôt + PS annuels
Nu, micro-foncier (abattement 30 %)6 300 €47,2 %2 974 €
Meublé, micro-BIC (abattement 50 %)4 500 €48,6 %2 187 €
Meublé, LMNP au réel (charges + amortissement)Souvent 0 € pendant des années48,6 % sur un résultat nul0 €

Lecture honnête de ce tableau : sur un bien sans travaux lourds, le meublé gagne à tous les coups sur la fiscalité du loyer — près de 800 € d'écart par an dès le micro, et la quasi-totalité de l'impôt effacée au réel tant que l'amortissement couvre le résultat. Mais ce tableau ne dit rien de deux sujets qui peuvent inverser complètement la conclusion : les gros travaux, et la revente. C'est là que la location nue reprend l'avantage.

J'ai de gros travaux à faire : le déficit foncier change-t-il la donne ?

Oui, et radicalement. En location nue au régime réel, les travaux de réparation, d'entretien et d'amélioration sont déductibles immédiatement, l'année de leur paiement. Le déficit qui en résulte (hors intérêts d'emprunt) s'impute sur votre revenu global jusqu'à 10 700 € par an — 21 400 € pour les rénovations énergétiques éligibles, pour des dépenses payées jusqu'au 31 décembre 2027 — et l'excédent se reporte pendant dix ans sur vos revenus fonciers (article 156, I-3° du CGI). Un chantier de 40 000 € produit donc un effet fiscal dès l'année 1, à votre TMI — sans compter l'économie de prélèvements sociaux sur les revenus fonciers effacés les années suivantes.

En meublé au réel, les mêmes 40 000 € de travaux ne sont pas déduits d'un coup : ils sont amortis, en pratique sur une quinzaine d'années, soit environ 2 700 € par an. Et surtout, l'article 39 C interdit à l'amortissement de créer un déficit : il ne peut que ramener le résultat à zéro, jamais en dessous. Aucun euro de travaux meublés ne viendra jamais s'imputer sur votre salaire ou vos autres revenus. Pour un contribuable fortement imposé qui achète un bien à rénover lourdement, c'est toute la différence entre une économie d'impôt concentrée sur deux ou trois ans et un simple lissage sur quinze ans. Notre guide complet du déficit foncier 2026 détaille cette cascade d'imputation — c'est la lecture à faire en priorité si votre projet est d'abord un projet de travaux.

Et à la revente, quel régime est le plus favorable ?

C'est le second point qui rééquilibre le match, et il est trop souvent passé sous silence. Les deux régimes relèvent de la plus-value immobilière des particuliers — abattements progressifs, exonération d'impôt sur le revenu à 22 ans de détention et de prélèvements sociaux à 30 ans. Mais depuis la loi de finances pour 2025, pour les cessions réalisées depuis le 16 février 2025, le vendeur d'un bien loué en LMNP au réel doit minorer son prix d'acquisition des amortissements déduits pendant la location (article 150 VB, III du CGI) — ce qui gonfle d'autant la plus-value imposable, avant application des abattements de durée. La location nue, elle, ne subit aucune réintégration : les déficits fonciers imputés pendant la détention ne sont jamais repris dans le calcul de la plus-value.

Concrètement : le LMNP au réel n'efface pas l'impôt, il en reporte une partie à la sortie — sauf détention très longue, où les abattements finissent par neutraliser l'effet. Un investisseur qui prévoit de revendre entre 8 et 12 ans doit intégrer cette « facture retour » dans son calcul ; un investisseur qui vise 22 à 30 ans de détention peut largement l'ignorer. Notre article sur la reprise fiscale en cas de revente anticipée chiffre ce mécanisme dispositif par dispositif.

Nu ou meublé : le tableau de décision complet

CritèreLocation nue (réel)Meublé (LMNP réel)
Fiscalité du loyer courantBarème + PS 17,2 %Souvent ≈ 0 € (amortissement)
Gros travauxDéduits immédiatement, jusqu'à 10 700 €/an sur le revenu globalAmortis sur ≈ 15 ans, jamais sur le revenu global
Plus-value à la reventePas de réintégration des déficitsAmortissements déduits réintégrés (cessions depuis le 16/02/2025)
Horizon recommandéLong (3 ans de location après chaque imputation)Long de préférence (l'effet réintégration s'estompe avec les abattements)
Effort de gestionFaible : bail de 3 ans, locataires stablesPlus élevé : bail d'un an (9 mois étudiant), turnover, mobilier, comptabilité
Obligations déclarativesDéclaration 2044, sans comptabilitéComptabilité BIC, souvent avec expert-comptable
CFENon due en location nue d'habitationDue (exonération si recettes ≤ 5 000 €)
Pour qui c'est pertinentTMI ≥ 30 % avec travaux, ou revenus fonciers existants à effacerBien en bon état, petite surface urbaine, recherche de cash-flow net
Pour qui ça ne l'est pasBien sans travaux, TMI ≤ 11 %Bailleur allergique au turnover, ou marché meublé local étroit

Deux précisions de terrain sur la ligne « gestion ». La durée légale minimale d'un bail d'habitation nue est de trois ans lorsque le bailleur est un particulier (service-public.fr), contre un an en meublé — neuf mois non renouvelables pour un étudiant. Le meublé impose aussi un inventaire de mobilier réglementaire et, en pratique, une remise en état plus fréquente entre deux locataires. Ce n'est ni un détail ni un repoussoir : c'est un coût en temps et en trésorerie qui doit entrer dans la comparaison au même titre que l'impôt.

Micro-foncier, micro-BIC, réel : les quatre régimes passés au crible

Le duel « nu ou meublé » cache en réalité quatre régimes, deux par monde — et le choix du régime à l'intérieur de chaque monde compte presque autant que le choix du monde lui-même. Voici les quatre, avec leurs seuils exacts 2026 :

RégimePlafond de recettesAssiette imposableDéficit possible ?
Nu — micro-foncier15 000 € (foyer, non indexé depuis 2002)70 % des loyers (abattement 30 %)Jamais
Nu — réel (déficit foncier)AucunLoyers − charges réelles et travaux (art. 31 du CGI, + forfait de 20 € par local)Oui — 10 700 €/an sur le revenu global, report 10 ans
Meublé — micro-BIC (longue durée)83 600 € (seuil 2026-2028)50 % des recettes (abattement minimum de 305 €)Jamais
Meublé — LMNP au réelAucunRecettes − charges − amortissements (bâti, travaux, mobilier)Pas via l'amortissement (art. 39 C) ; déficits BIC reportables 10 ans sur les seuls bénéfices meublés

Deux règles de passage méritent d'être connues avant d'opter. En location nue, l'option pour le régime réel est irrévocable pendant trois ans, puis reconduite tacitement chaque année : on ne « teste » pas le réel un an pour revenir au micro l'année suivante. Et le micro-foncier connaît des exclusions automatiques pour tout le foyer : détenir un seul bien sous Monuments Historiques, en nue-propriété, sous un ancien régime d'amortissement (Périssol, Robien…), sous l'amortissement du bailleur privé 2026 ou sous Loc'Avantages impose le réel sur l'ensemble de vos locations nues. À l'inverse — la nuance est contre-intuitive — les réductions d'impôt Pinel, Denormandie et Malraux ne font pas perdre le micro-foncier : c'est la famille fiscale de l'avantage (déduction ou réduction) qui décide, pas son existence.

Meublé de tourisme : les nouvelles règles qui changent le match

Impossible de comparer nu et meublé en 2026 sans un mot du meublé de tourisme, dont la fiscalité a été profondément resserrée par la loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024, dite loi Le Meur (texte sur Légifrance). Le meublé de tourisme non classé est désormais plafonné à 15 000 € de recettes avec 30 % d'abattement — un seuil expressément exclu de l'actualisation triennale, donc gelé — soit exactement le traitement du micro-foncier, sans l'avantage historique du micro-BIC. Le meublé de tourisme classé et les chambres d'hôtes conservent le seuil de droit commun (83 600 €) avec 50 % d'abattement — l'ancien abattement de 71 % n'existe plus. Et au-delà de 23 000 € de recettes en courte durée, l'affiliation aux cotisations sociales des indépendants devient obligatoire — un prélèvement d'un tout autre ordre que les 18,6 % de prélèvements sociaux. Conclusion honnête : l'avantage fiscal massif du tourisme non classé appartient au passé ; la location meublée longue durée est redevenue le cœur économique et fiscal du LMNP — c'est elle que compare tout cet article. Sans oublier la couche réglementaire locale (changement d'usage, quotas municipaux), à vérifier en mairie avant tout projet touristique.

Quelles charges pouvez-vous déduire ? Le face-à-face ligne à ligne

DépenseNu au réelLMNP au réel
Travaux de réparation, entretien, améliorationDéduits l'année du paiement (moteur du déficit foncier)Amortis, en pratique sur ≈ 15 ans
Intérêts et frais d'empruntDéductibles (imputés en priorité sur les loyers)Déductibles
Taxe foncière, assurance PNO, gestionDéductibles, + forfait de 20 € par localDéductibles
Frais de notaire (acquisition)Ni déductibles, ni amortissablesOption irrévocable : amortis avec le bâti OU passés en charge l'année 1
Mobilier et équipementsSans objetAmortis sur ≈ 7 ans
Honoraires d'expert-comptableSans objet (pas de comptabilité)Déductibles
CFENon due (location nue d'habitation)Due, et déductible du résultat

Deux lignes de ce tableau font régulièrement basculer des arbitrages. Les frais de notaire, d'abord : perdus fiscalement en location nue, ils deviennent en meublé une charge ou un amortissement au choix (option comptable irrévocable) — sur 15 000 € de frais, l'écart n'est pas cosmétique. Les travaux lourds, ensuite, dans l'autre sens : leur déduction immédiate en nu, contre quinze ans d'étalement en meublé, reste l'argument massue du déficit foncier déjà vu plus haut. Le régime « idéal » déduirait tout, tout de suite — il n'existe pas ; chacun des deux excelle sur la moitié du tableau.

Sur dix ans, combien d'écart entre les trois options ?

Reprenons notre exemple à 9 000 € de loyers annuels (TMI 30 %) et projetons-le sur dix ans, toutes choses égales par ailleurs — même bien, même loyer, seuls les régimes changent. Le disclaimer d'hypothèses posé plus haut s'applique intégralement à cette projection.

Sur 10 ansImpôt + PS cumulésLa contrepartie honnête
Nu, micro-foncier29 740 €Zéro gestion déclarative — mais un mois et demi de loyer par an abandonné
Meublé, micro-BIC21 870 €Simplicité conservée, mais mobilier, turnover et CFE non couverts par l'abattement
Meublé, LMNP au réel≈ 0 €Comptabilité BIC chaque année, et une « facture retour » à la revente : les amortissements déduits sont réintégrés dans la plus-value

Près de 30 000 € d'écart entre la pire et la meilleure option fiscale — sur un simple T2. C'est l'ordre de grandeur qui justifie de consacrer une vraie réflexion à ce choix, et il grandit avec le loyer : à 15 000 € de recettes annuelles, tous ces chiffres augmentent de deux tiers. Précision d'honnêteté : le « ≈ 0 € » du LMNP suppose un amortissement suffisant pour neutraliser le résultat sur toute la période — vrai pendant les dix à vingt premières années d'un dossier standard, pas éternellement.

Changer de régime en cours de route : le mode d'emploi

Bonne nouvelle : ce choix n'est pas un mariage. Le passage du nu au meublé suit un chemin balisé — attendre l'échéance du bail nu (trois ans chez un particulier) ou le départ du locataire, équiper le logement conformément à la liste réglementaire du mobilier, déclarer le début d'activité de loueur en meublé pour obtenir un numéro SIRET, puis basculer la déclaration des revenus fonciers vers les BIC. Comptez aussi une vérification du règlement de copropriété, qui peut restreindre certaines locations touristiques — rarement la location meublée longue durée. Le chemin inverse (meublé vers nu) est plus court — échéance du bail d'un an, retrait du mobilier, déclaration — avec une trace durable : les amortissements déjà déduits resteront réintégrés dans le calcul de la plus-value à la revente, même après des années de location nue. On change de régime ; on n'efface pas son historique.

Dans quel cas choisir la location nue ?

La location nue au réel est la bonne réponse dans trois situations précises. La première : votre projet comporte des travaux importants — au moins l'équivalent d'une année de loyers — et votre TMI est de 30 % ou plus. Le déficit foncier transforme alors le chantier en économie d'impôt immédiate, là où le meublé se contenterait de l'étaler sur quinze ans. La deuxième : vous percevez déjà des revenus fonciers imposés — d'autres biens nus, des parts de SCI à l'IR ou de SCPI. Le report du déficit s'impute en priorité sur ces revenus, à votre TMI majorée de 17,2 % de prélèvements sociaux : à 41 %, chaque euro de déficit reporté efface 58,2 centimes de ponction. La troisième : vous voulez une gestion minimale — un locataire en place pour trois ans, pas de mobilier à entretenir, pas de comptabilité BIC. C'est un argument de qualité de vie que les tableaux fiscaux ne capturent pas, et qui compte sur vingt ans.

Dans quel cas choisir le meublé ?

Le LMNP au réel est la bonne réponse quand le bien est en bon état et que l'objectif est un revenu locatif net d'impôt le plus tôt possible : l'amortissement neutralise le résultat sans que vous ayez besoin d'un gros chantier pour créer de la charge. Il est aussi la réponse naturelle pour les petites surfaces des marchés urbains profonds — studios et T1/T2 proches d'un campus, d'un CHU ou d'un quartier d'affaires — où la demande meublée est structurelle et où le loyer meublé dépasse sensiblement le loyer nu équivalent. Enfin, il convient aux bailleurs qui acceptent la contrepartie opérationnelle : turnover plus fréquent, mobilier à renouveler, comptabilité à tenir. Si votre TMI est de 11 %, le meublé reste généralement préférable au nu, mais l'enjeu fiscal global est faible — et il serait déraisonnable de bouleverser un bail qui fonctionne pour un gain marginal. Notre guide du LMNP au réel détaille l'amortissement poste par poste, et notre comparatif micro-BIC ou réel tranche la question du régime à l'intérieur du meublé.

Les cas où aucun des deux ne mérite un changement

L'honnêteté oblige à le dire : il existe des situations où la bonne décision est de ne rien changer. Si votre bien est loué nu, sans travaux à prévoir, avec un locataire fiable en place et des recettes sous 15 000 €, le micro-foncier est peut-être sous-optimal sur le papier — mais basculer en meublé suppose de récupérer le logement, le meubler, changer de bail et tenir une comptabilité, pour un gain qui ne se matérialisera qu'après plusieurs années. Si vos recettes meublées risquent de dépasser 23 000 € par an et vos autres revenus d'activité, vous basculeriez automatiquement en loueur en meublé professionnel (LMP), avec cotisations sociales à la place des prélèvements sociaux — un statut qui se subit plus qu'il ne se choisit, décrit dans notre article sur le statut LMP. Et si votre objectif principal est une réduction d'impôt massive plutôt qu'un revenu locatif optimisé, ni le nu de droit commun ni le LMNP ne sont l'outil : c'est le terrain des dispositifs à avantage renforcé — Malraux, Monuments Historiques, déficit foncier sur chantier lourd — que compare notre grille de choix des dispositifs fiscaux.

Questions fréquentes sur le choix entre location nue et meublée

Puis-je passer mon logement du nu au meublé avec le locataire en place ?

Pas pendant le bail en cours : le changement suppose l'échéance du bail nu (trois ans minimum chez un bailleur particulier), le départ du locataire ou son accord pour signer un nouveau contrat. Il faut ensuite meubler le logement conformément à l'inventaire réglementaire et déclarer le début d'activité de loueur en meublé. Le changement de régime fiscal suit le changement de bail — il ne s'improvise pas en cours d'année sans formalités.

Le meublé rapporte-t-il toujours plus que le nu ?

Non. Le loyer facial est plus élevé, mais il faut en retrancher le mobilier et son renouvellement, un turnover plus fréquent (donc de la vacance), la CFE, souvent un expert-comptable, et des prélèvements sociaux à 18,6 % contre 17,2 % en nu. Dans un marché où la demande meublée est étroite, la vacance peut absorber tout l'avantage fiscal. Le meublé gagne souvent, pas systématiquement — c'est précisément ce que votre simulation doit vérifier.

Puis-je créer un déficit foncier avec un bien meublé ?

Non. Le déficit foncier est un mécanisme des revenus fonciers, donc de la location nue. En meublé au réel, l'amortissement ne peut ni créer ni augmenter un déficit (article 39 C du CGI), et les déficits BIC issus des autres charges ne s'imputent jamais sur le revenu global : ils se reportent uniquement sur vos bénéfices meublés non professionnels des dix années suivantes.

Que se passe-t-il si mes loyers meublés dépassent 23 000 € ?

Si les recettes meublées de votre foyer dépassent à la fois 23 000 € par an et vos autres revenus d'activité, vous devenez loueur en meublé professionnel (LMP) automatiquement — le critère d'inscription au registre du commerce a disparu. Le régime change en profondeur : cotisations sociales SSI à la place des prélèvements sociaux, plus-values professionnelles à la sortie. Un seul des deux seuils franchi ne suffit pas : un retraité avec 30 000 € de loyers meublés et 40 000 € de pension reste LMNP.

Et si je dépasse 15 000 € de loyers en location nue ?

Vous sortez du micro-foncier et basculez au régime réel, avec déclaration 2044 et charges réelles déductibles. Ce n'est pas une punition : au-delà de ce niveau de loyers, le réel est d'ailleurs souvent plus intéressant que l'abattement de 30 %, dès que vos charges réelles (intérêts, taxe foncière, assurance, entretien) dépassent ce forfait. L'option volontaire pour le réel, elle, vous engage sur trois ans.

Le choix nu ou meublé change-t-il quelque chose à l'IFI ?

Pour l'essentiel, non : dans les deux cas, le bien entre dans l'assiette de l'impôt sur la fortune immobilière pour sa valeur vénale. L'exonération au titre des biens professionnels est réservée à des situations de location meublée professionnelle strictes, rarement acquises en pratique — n'en faites jamais un argument d'arbitrage sans validation par un professionnel.

Un studio étudiant doit-il forcément être loué meublé ?

Aucune obligation, mais le marché a tranché : sur les petites surfaces proches des campus, la demande est massivement meublée et le bail de neuf mois épouse l'année universitaire. Louer nu un studio dans un quartier étudiant, c'est souvent se couper de la majorité des candidats — l'argument est locatif avant d'être fiscal.

L'option pour le régime réel est-elle réversible ?

En location nue, non à court terme : l'option engage pour trois ans, irrévocablement, puis se reconduit tacitement chaque année — on en sort sur demande une fois la période initiale écoulée. En meublé, le réel s'applique de plein droit au-delà des seuils du micro-BIC ; en dessous, l'option se gère selon les règles propres aux BIC. Dans les deux mondes, la règle pratique est la même : on opte pour le réel quand la structure du bien le justifie durablement, pas pour un essai.

Les frais de notaire sont-ils déductibles ?

C'est l'une des différences les plus méconnues entre les deux mondes. En location nue : ni déductibles, ni amortissables — fiscalement perdus. En LMNP au réel : une option comptable irrévocable permet soit de les immobiliser et de les amortir avec le bâti, soit de les passer intégralement en charge la première année, créant un déficit BIC reportable dix ans sur vos bénéfices meublés. Sur une acquisition ancienne dont les frais approchent 8 % du prix, ce seul poste peut peser plus lourd que l'écart d'abattement entre les deux micros.

Le plafond du micro-foncier de 15 000 € est-il revalorisé chaque année ?

Non — il est inchangé depuis 2002, et aucune loi de finances récente ne l'a revalorisé, alors que les loyers, eux, s'indexent chaque année. La conséquence est silencieuse : des bailleurs franchissent le seuil sans avoir rien changé à leur situation, et découvrent le régime réel au moment de la déclaration. Si vos loyers approchent 14 000 €, anticipez la bascule plutôt que de la subir — c'est souvent l'occasion de refaire l'arbitrage complet de cet article.

Puis-je louer une chambre de ma résidence principale sans impôt ?

Oui, dans un cadre précis : la location meublée d'une ou plusieurs pièces de votre résidence principale est exonérée d'impôt si le loyer reste sous un plafond au m² « raisonnable » fixé par l'administration — ou dans la limite de 760 € par an pour l'accueil d'hôtes de passage. Ce régime de l'article 35 bis du CGI est prorogé jusqu'au 31 décembre 2026. Notre article sur la location d'une chambre chez soi en détaille les conditions et l'échéance.

Que se passe-t-il au-dessus de 83 600 € de recettes meublées ?

Vous sortez du micro-BIC — le seuil de 83 600 € vaut pour la période triennale 2026-2028, pour la longue durée et le tourisme classé — et relevez du régime réel de plein droit, avec comptabilité BIC. Ce n'est en général pas une mauvaise nouvelle : à ce niveau de recettes, le réel et ses amortissements font presque toujours mieux que l'abattement de 50 %. Attention en revanche au second seuil qui rôde au même endroit : 23 000 € de recettes, celui de la bascule possible en LMP.

Ce qu'il faut retenir avant de trancher

La résolution : le meublé au réel est le meilleur régime de croisière pour un bien en bon état destiné à produire du revenu ; le nu au réel est le meilleur régime de chantier pour un bien à rénover détenu par un foyer imposé à 30 % ou plus. Le micro, dans les deux mondes, n'est que la solution de simplicité pour les petits dossiers. Le rappel : ne pas trancher a un coût mesurable — notre exemple à 9 000 € de loyers laisse près de 3 000 € par an sur la table en restant au micro-foncier par défaut, soit l'équivalent d'un mois et demi de loyer offert chaque année à l'administration sans contrepartie. La prochaine lecture : si votre hésitation vient d'un projet de travaux, lisez notre guide du déficit foncier 2026 — c'est le mécanisme qui départage réellement les deux régimes dans votre cas, et il y est décortiqué année par année. Et si vous préférez ne pas arbitrer seul : c'est exactement l'objet de notre premier entretien, gratuit et sans engagement — nous posons vos chiffres (TMI, travaux, horizon) et nous vous disons quel régime gagne chez vous, y compris quand la réponse est « ne changez rien ».

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Les montants, taux et hypothèses cités correspondent au cadre fiscal en vigueur à la date de publication (août 2026), sont fournis à titre illustratif et ne constituent pas un conseil fiscal personnalisé.

Sources : art. 32, 50-0, 39 C, 150 VB et 156, I-3° du CGI ; loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 ; service-public.fr (fiches F2329 et F920) ; BOI-RFPI-BASE-30-20.

Alexandre Pollet, fondateur de Le Rempart Financier.

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