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LMNP au réel : le guide complet

Comment l'amortissement du bien, des travaux et du mobilier ramène le résultat fiscal d'un meublé loué au réel proche de zéro pendant dix à vingt ans — mécanisme, durées, exemple chiffré et le piège de la revente que la plupart des investisseurs découvrent trop tard.

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Juillet 2026 Alexandre PolletTemps de lecture : 14 minutes
Intérieur rénové d'un appartement meublé, dont le bâti et le mobilier sont amortis fiscalement en LMNP au régime réel

En LMNP au régime réel, vos loyers meublés ne sont pas imposés sur leur montant brut : ils sont d'abord réduits par vos charges réelles (intérêts d'emprunt, taxe foncière, charges de copropriété, assurances, frais de gestion), puis par un amortissement comptable du bien, des travaux et du mobilier — une charge qui réduit le résultat imposable sans jamais sortir un euro de votre compte en banque. Sur un dossier bien structuré, ce mécanisme ramène le résultat fiscal proche de zéro pendant dix à vingt ans, alors même que les loyers sont encaissés et le crédit remboursé. Ce n'est pas un montage agressif : c'est le régime de droit commun de la location meublée, permanent, ouvert à tout investisseur particulier. La contrepartie apparaît à la revente, où une réforme de 2025 change sérieusement la donne — nous y venons plus bas.

Comment fonctionne concrètement l'amortissement en LMNP au réel ?

Quand vous louez un bien meublé, vos revenus relèvent des bénéfices industriels et commerciaux (BIC ; BOI-BIC-CHAMP-40-10), non des revenus fonciers comme en location nue. Deux régimes s'offrent à vous : le micro-BIC, à l'abattement forfaitaire sans justifier la moindre charge, et le régime réel, qui autorise la déduction des charges réelles poste par poste — intérêts d'emprunt, taxe foncière, copropriété, assurance, gestion, CFE.

C'est au-delà de ces charges que le régime réel devient réellement puissant : il permet aussi de déduire chaque année un amortissement du bien, des travaux et du mobilier. L'amortissement n'est pas une dépense que vous payez : c'est une écriture comptable qui répartit, sur plusieurs années, la perte de valeur théorique du bien et de son mobilier — elle s'ajoute aux charges réelles pour réduire encore le résultat imposable, sans jamais peser sur votre trésorerie. C'est ce mécanisme, encadré par les articles 39 C, 155 IV et 150 VB III du CGI, qui explique qu'un LMNP au réel bien structuré affiche un résultat fiscal proche de zéro alors que le bien est réellement rentable en trésorerie.

Sur quelle base et pendant combien de temps amortit-on un bien meublé ?

L'amortissement se calcule sur une base précise : la valeur du foncier bâti, multipliée par (1 moins la quote-part de terrain, jamais amortissable), plus les frais d'acquisition si vous choisissez de les immobiliser. Travaux et mobilier sont amortis séparément, chacun sur sa propre base de coût.

Le point sur lequel les investisseurs se trompent le plus souvent : il n'existe aucun taux légal fixe pour distinguer, dans le prix payé, la part du terrain de celle du bâti. La pratique usuelle retient une fourchette de 10 à 30 % du prix pour le terrain — couramment 15 à 20 % en province, jusqu'à 40 à 50 % dans les zones tendues comme Paris. Cette méthode par composants a été validée par le Conseil d'État (15 février 2016, n° 367467 et 380400), mais le taux retenu reste une hypothèse à faire valider par votre expert-comptable selon la localisation réelle du bien — pas un curseur à fixer soi-même pour maximiser l'avantage.

Reste ensuite à choisir une durée d'amortissement par poste — des durées usuelles, indicatives (doctrine BOI-ANNX-000115) et paramétrables selon la situation, jamais des minimums ni des maximums imposés par la loi, résumées ci-dessous.

PosteDurée usuelle retenueAmortissement annuel équivalentRemarque
Bâti≈ 30 ans≈ 3,3 %/anDécomposition indicative : gros œuvre plus de 50 ans, façades et étanchéité 20-50 ans, installations techniques 15-30 ans, agencements 5-15 ans — simplifiée en une durée unique par la plupart des cabinets
Travaux≈ 15 ans≈ 6,7 %/anAmortis séparément du bâti, sur leur propre base de coût
Mobilier≈ 7 ans≈ 14,3 %/anUn nouvel amortissement démarre à chaque renouvellement du mobilier

Pourquoi l'amortissement ne peut-il pas créer de déficit fiscal ?

C'est la règle la plus mal comprise du LMNP au réel, et pourtant la plus structurante. L'article 39 C, II-2 du CGI plafonne l'amortissement déductible chaque année au montant des loyers diminués des autres charges du bien : il ne peut ni créer ni aggraver un déficit. Si l'amortissement théorique dépasse ce plafond, seule la fraction correspondant au plafond est déduite cette année-là.

La fraction excédentaire n'est pas perdue : elle est automatiquement reportée, sans aucune limite de durée (article 39 C, II-3), et redevient mobilisable dès qu'un exercice ultérieur dégage à nouveau de la marge — par exemple si les charges baissent ou si les loyers augmentent. C'est ce stock reporté, année après année, qui permet à un LMNP au réel de rester proche de zéro fiscalement pendant dix, quinze, parfois vingt ans.

Ne confondez pas ce mécanisme avec le déficit BIC ordinaire (une année de grosses réparations, par exemple, sans lien avec l'amortissement) : son sort est bien plus strict, comme le résume le tableau ci-dessous.

Origine de la fraction non déduiteSort de cette fractionDurée de report
Amortissement plafonné par l'article 39 CReporté automatiquement, réutilisable dès que le résultat le permet à nouveauIllimitée
Déficit BIC hors amortissement (ex. grosses réparations)Imputable uniquement sur vos futurs revenus de location meublée non professionnelle10 ans, jamais sur le revenu global

Exemple chiffré : un studio meublé loué en LMNP réel pendant 10 ans

Prenons l'exemple d'un studio meublé acheté 150 000 €, auquel s'ajoutent 8 000 € de mobilier neuf et 11 000 € de frais de notaire — soit 169 000 € au total, financés à crédit. Le bien est loué 550 €/mois charges comprises, soit 6 600 € de loyers la première année, avec une légère revalorisation annuelle. Les frais de notaire sont immobilisés et amortis avec le bien, option retenue pour cet exemple.

Quote-part de terrain retenue : 15 % (hypothèse à valider selon la localisation réelle). Base amortissable du bâti : 150 000 € moins 15 % de terrain, plus les 11 000 € de frais immobilisés, soit environ 138 500 € amortis sur 30 ans — environ 4 620 €/an. Le mobilier (8 000 €) est amorti sur 7 ans, soit environ 1 143 €/an. Les charges réelles hors amortissement (intérêts dégressifs, taxe foncière, copropriété, assurance, gestion, CFE) sont estimées à 3 400 € la première année, puis décroissent avec les intérêts.

Ces hypothèses de loyer, charges, quote-part de terrain et durée d'amortissement sont fournies à titre illustratif — ni simulation personnalisée ni garantie de résultat fiscal : chaque dossier doit être chiffré selon le bien réel, son financement et la situation du foyer, via notre comparateur ou un expert-comptable.

AnnéeLoyers annuelsCharges réelles (hors amortissement)Amortissement déduit (plafonné)Résultat fiscal imposable
Année 16 600 €3 400 €3 200 €0 €
Année 36 800 €3 000 €3 800 €0 €
Année 57 000 €2 600 €4 400 €0 €
Année 77 200 €2 200 €5 000 €0 €
Année 107 500 €1 700 €5 800 €0 €

Dans cet exemple, l'amortissement théorique (environ 5 760 €/an les sept premières années, puis 4 620 €/an) dépasse chaque année le plafond autorisé par l'article 39 C : la déduction reste donc limitée à ce plafond, et le résultat fiscal reste à zéro sur toute la période. Un stock d'amortissements non utilisés se constitue en parallèle et reste mobilisable sans limite de durée — par exemple quand le crédit est soldé et que les charges chutent. C'est ce mécanisme qui permet à un LMNP au réel de rester quasiment sans impôt pendant dix à vingt ans.

Que se passe-t-il quand vous revendez un bien LMNP amorti ?

C'est le point que beaucoup d'investisseurs découvrent trop tard, et le changement le plus lourd du LMNP réel depuis sa création. Depuis la loi de finances pour 2025 (article 84), pour toute cession réalisée à compter du 16 février 2025, le prix d'acquisition retenu pour la plus-value immobilière est minoré du montant total des amortissements admis en déduction (article 150 VB, III du CGI) — quelle que soit la date à laquelle vous avez commencé à louer le bien, y compris si les amortissements ont été pratiqués avant 2025. Ce point est confirmé par la réponse ministérielle Mette (question écrite n° 10097, Assemblée nationale, 24 mars 2026).

Concrètement, l'avantage fiscal touché chaque année pendant la détention n'est pas définitivement acquis : il est en grande partie repris à la revente, sous forme d'une plus-value imposable plus élevée qu'elle ne l'aurait été sans amortissement, puisque le prix d'acquisition, plus bas, augmente mécaniquement l'écart avec le prix de vente.

Les abattements pour durée de détention s'appliquent ensuite : l'exonération totale reste acquise à 22 ans pour l'impôt sur le revenu, et à 30 ans pour les prélèvements sociaux. Un bien détenu très longtemps reste donc protégé — c'est la revente entre la cinquième et la vingtième année, la fenêtre où se situe la majorité des reventes de LMNP, qui est la plus concernée.

Un point reste prudent : le texte réintègre les amortissements « admis en déduction ». Notre lecture est que seuls les amortissements effectivement déduits — donc pas la fraction écartée par le plafond de l'article 39 C et jamais utilisée — devraient être réintégrés. Mais aucun commentaire officiel de l'administration fiscale ne confirme cette lecture à ce jour : la plus grande prudence s'impose dans vos projections de long terme, avec vérification par un professionnel avant toute revente. Cette règle ne concerne pas les résidences avec services (étudiantes, seniors, EHPAD), soumises à un régime spécifique hors du cadre de cet article.

Point décisif

Depuis le 16 février 2025, les amortissements déduits chaque année en LMNP réel viennent, sauf détention très longue, augmenter votre plus-value imposable à la revente, quelle que soit la date à laquelle vous avez commencé à les pratiquer. L'avantage fiscal annuel n'est donc pas un gain net définitif : c'est largement un report d'imposition, à intégrer dans votre calcul de rentabilité dès l'achat.

Faut-il immobiliser ou passer en charge les frais de notaire ?

C'est un choix que vous ne ferez qu'une fois, dès votre première déclaration, et qui vous engage définitivement : il est irrévocable. Vous pouvez immobiliser les frais d'acquisition (notaire, enregistrement) et les amortir avec le bien — l'option par défaut, qui lisse l'avantage sur toute la durée de détention — ou les passer intégralement en charge dès la première année d'exploitation.

Cette seconde option crée un déficit BIC immédiat, avec un avantage plus rapide — mais reportable sur dix ans seulement, et uniquement sur vos futurs revenus de location meublée non professionnelle, jamais sur le revenu global. Elle a donc surtout du sens si vous êtes certain de dégager, sur les dix années suivantes, des revenus meublés suffisants pour absorber ce déficit — sans quoi une partie de l'avantage risque de ne jamais être consommée avant l'expiration du délai de report, un point détaillé, avec d'autres, dans notre article sur les pièges du LMNP au réel.

Quand bascule-t-on automatiquement du LMNP vers le statut LMP ?

Ce n'est pas un choix : c'est une bascule automatique, à apprécier chaque année. Selon l'article 155, IV du CGI, vous passez du LMNP au statut de loueur en meublé professionnel (LMP) dès que deux conditions sont réunies : les recettes meublées de votre foyer dépassent 23 000 € sur l'année, et dépassent aussi le total des autres revenus d'activité du foyer.

Le mécanisme d'amortissement décrit ici reste, pour l'essentiel, applicable en LMP. Mais le changement de statut modifie d'autres paramètres — cotisations sociales, plus-values professionnelles — qui dépassent le cadre de ce guide consacré à l'achat en direct d'un meublé classique. Si vos loyers approchent 23 000 €, faites réévaluer votre situation chaque année plutôt que de découvrir la bascule a posteriori.

CFE, prélèvements sociaux, TVA : quelles charges garder à l'esprit en LMNP réel ?

La cotisation foncière des entreprises (CFE) est due chaque année dès lors que vous exercez une activité de location meublée — exonération seulement si vos recettes annuelles ne dépassent pas 5 000 €. Ce montant pèse sur votre trésorerie mais n'affecte pas le calcul de l'amortissement.

Un point souvent ignoré, y compris par des investisseurs déjà en place : les bénéfices BIC de la location meublée non professionnelle supportent des prélèvements sociaux de 18,6 % (LFSS 2026), contre 17,2 % pour les revenus fonciers classiques et les plus-values immobilières. Cet écart de 1,4 point, rarement mis en avant, mérite d'être intégré dans vos comparaisons de rentabilité nette entre nu et meublé.

Sur le plan de la TVA, la location meublée classique est exonérée sans option : vous ne récupérez pas la TVA payée à l'achat. Seule la para-hôtellerie — fourniture d'au moins trois services hôteliers annexes — permet une récupération de TVA, un cas hors du cadre de ce guide.

Le LMNP réel a-t-il un plafond de loyer ou de ressources locataire ?

Non — l'un des grands avantages du régime, trop rarement mis en avant face aux dispositifs à réduction d'impôt. Le LMNP au réel est un régime fiscal de droit commun : aucun plafond de loyer ni de ressources du locataire. Vous louez au prix du marché, au locataire de votre choix, sans convention ni engagement de location imposé par le dispositif — et sans date de fin programmée, à la différence du Pinel, aujourd'hui fermé (nous détaillons les alternatives depuis sa fermeture dans un article dédié).

Différence de philosophie avec les dispositifs incitatifs sur l'ancien avec travaux — Malraux, Denormandie, Monuments Historiques, que nous comparons par ailleurs — qui échangent une réduction ou déduction d'impôt contre des contraintes (zonage, plafonds, engagement). Le LMNP réel n'échange rien de tel : l'amortissement est la contrepartie d'une activité BIC, pas d'un engagement envers l'État.

LMNP réel : la liberté a un prix

Aucun plafond de loyer, aucun plafond de ressources, aucune convention avec un organisme agréé : le LMNP au réel laisse l'investisseur totalement libre de son bien et de son locataire. La contrepartie n'est pas une contrainte locative, mais la vigilance sur la structuration de l'amortissement en amont et sur la plus-value en aval — les deux points détaillés plus haut.

Questions fréquentes sur le LMNP au réel

Qui peut choisir le régime réel en LMNP ?

Tout investisseur particulier qui loue un bien meublé peut opter pour le régime réel, sans agrément ni catégorie de contribuables réservée, contrairement aux dispositifs à réduction d'impôt. C'est le régime de droit commun de la location meublée, permanent. Seul arbitrage : le micro-BIC, à l'abattement forfaitaire sans détail des charges — nous le détaillons dans notre comparatif dédié.

L'amortissement fiscal correspond-il à une vraie perte de valeur du bien ?

Non. C'est une notion purement comptable, indépendante de la valeur de marché réelle du bien, qui peut continuer à augmenter pendant que vous l'amortissez fiscalement. L'amortissement ne fait sortir aucun euro de votre compte : une charge déductible, pas une dépense réelle — d'où sa puissance, et pourquoi la revente fait l'objet d'un traitement spécifique, détaillé plus haut.

Que se passe-t-il si mon amortissement dépasse le plafond une année donnée ?

Rien n'est perdu : la fraction écartée par le plafond de l'article 39 C, qui interdit de créer ou d'aggraver un déficit, est automatiquement reportée, sans limite de durée. Elle reste disponible dès que votre résultat le permet à nouveau — par exemple si vos charges baissent ou vos loyers augmentent.

Un déficit lié à de gros travaux peut-il réduire mes autres revenus ?

Non — différence importante avec le déficit foncier de la location nue : un déficit BIC qui ne provient pas de l'amortissement (une année de travaux lourds, par exemple) ne s'impute que sur vos revenus de location meublée non professionnelle des dix années suivantes, jamais sur le revenu global du foyer.

Faut-il vraiment s'inquiéter de la réintégration des amortissements à la revente ?

Oui, à intégrer dès l'achat, pas au moment de vendre. Depuis le 16 février 2025, les amortissements déduits minorent le prix d'acquisition retenu pour la plus-value, ce qui l'augmente d'autant — sauf détention très longue (exonération totale à 22 ans pour l'impôt sur le revenu, 30 ans pour les prélèvements sociaux). Notre lecture prudente est que seuls les amortissements réellement utilisés seraient réintégrés, mais aucun texte de l'administration fiscale ne le confirme à ce jour : faites chiffrer un scénario de sortie avant d'acheter — notre comparateur le permet pour votre profil.

Le LMNP réel fonctionne-t-il aussi pour une résidence étudiante ou seniors ?

Ce guide ne couvre pas ce cas particulier : les résidences avec services (étudiantes, seniors, EHPAD) relèvent d'un régime spécifique, notamment pour le traitement de la plus-value à la revente, qui sort du cadre de cet article consacré à l'achat en direct d'un meublé classique.

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Régime de droit commun, sans date de fin programmée à ce jour. Les hypothèses de durée d'amortissement, de quote-part de terrain et de charges présentées dans cet article sont indicatives et doivent être validées par un expert-comptable au regard de votre situation et de votre bien. La lecture retenue sur la réintégration des amortissements à la revente (loi de finances 2025) est une interprétation prudente, non confirmée à ce jour par une doctrine administrative publiée. Ceci ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé.

EXP Capital — ORIAS n° 25005915.

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