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SCI à l'IS : le guide complet pour l'investissement locatif

Capitalisation, transmission, amortissements qui écrasent l'impôt annuel — et une plus-value de revente qui, elle, ne bénéficie d'aucun abattement de durée. Le régime le plus mal compris de l'investissement locatif en société, expliqué avec un exemple chiffré complet.

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Juillet 2026 Alexandre PolletTemps de lecture : 14 minutes
Demeure en pierre traversant les générations, symbole d'un patrimoine immobilier bâti pour durer et se transmettre

Une SCI à l'IS est une société civile immobilière qui a choisi d'être imposée à l'impôt sur les sociétés plutôt qu'à l'impôt sur le revenu de ses associés. Chaque année, c'est la société elle-même qui calcule un résultat — loyers moins charges, intérêts d'emprunt et surtout amortissements du bien — et qui paie l'impôt sur ce résultat, aux taux réduits de l'IS. Ce montage convient d'abord à un investisseur qui n'a pas besoin des loyers pour vivre, qui veut les laisser capitaliser dans la société plutôt que les percevoir chaque mois, et qui pense déjà à la transmission de son patrimoine. Il convient beaucoup moins bien à celui qui compte sur une plus-value nette et rapide à la revente : contrairement à la détention en direct, la SCI à l'IS ne bénéficie d'aucun abattement pour durée de détention sur sa plus-value professionnelle. C'est l'arbitrage central que cet article détaille du premier au dernier paragraphe.

Qu'est-ce qu'une SCI à l'IS et comment fonctionne-t-elle chaque année ?

La SCI à l'IS n'est pas un régime de faveur ni un dispositif temporaire : c'est une société de droit commun, permanente, ouverte à tout investisseur, qui a simplement opté pour l'impôt sur les sociétés plutôt que de rester, par défaut, transparente à l'impôt sur le revenu. Ce n'est alors plus l'associé qui déclare sa quote-part de revenus fonciers : c'est la société qui calcule et paie son propre impôt, avant toute distribution.

Chaque exercice, le résultat fiscal de la SCI se calcule ainsi :

  • les loyers encaissés,
  • moins les charges réelles (entretien, assurance, gestion, taxe foncière…),
  • moins les intérêts d'emprunt,
  • moins la Cotisation Foncière des Entreprises (CFE), due par toute société soumise à l'IS,
  • moins les frais de structure de la société elle-même — comptabilité, greffe, domiciliation — de l'ordre de 1 500 € par an, un montant variable selon le prestataire retenu,
  • moins la Contribution sur les Revenus Locatifs (CRL) lorsqu'elle est due (voir plus loin),
  • moins les amortissements du bâti, des travaux et du mobilier.

Les amortissements sont le levier le plus puissant de ce calcul (règles fixées par l'article 38 quinquies, annexe III du CGI). Comme en location meublée au réel, ils suivent des paramètres pratiques plutôt qu'un taux légal figé : la quote-part du terrain, non amortissable, se situe généralement entre 10 et 30 % du prix d'acquisition, et le bâti s'amortit sur une durée usuelle indicative de l'ordre de 30 ans. Différence majeure avec le LMNP ou le LMP : à l'IS, si l'amortissement dépasse le résultat, il peut créer ou augmenter un déficit, reportable sans limite de durée sur les exercices suivants — sans le plafonnement de l'article 39 C qui, en location meublée, limite l'imputation des amortissements aux loyers restants après charges.

Ce mécanisme est traité ici de façon volontairement simplifiée : les hypothèses retenues (quote-part de terrain, durée d'amortissement, mode de sortie) sont des choix de modélisation raisonnables, pas des obligations légales, à ajuster à votre bien réel et à valider avec un expert-comptable.

Une fois le résultat fiscal déterminé, l'imposition suit un barème à deux tranches, confirmé inchangé par la loi de finances pour 2026 :

Tranche de résultat fiscalTaux d'IS 2026Sur un résultat fiscal de 60 000 €
Jusqu'à 42 500 €15 %6 375 €
Au-delà de 42 500 € (soit 17 500 €)25 %4 375 €
Total — taux moyen effectif 17,9 %10 750 €

Un amendement proposant de porter le plafond du taux réduit à 100 000 € n'a pas été adopté : le barème 15 % / 25 % reste identique à celui des exercices précédents (article 219 du CGI).

Comment calculer l'impôt d'une SCI qui loue un immeuble ? Un exemple chiffré

Prenons l'exemple d'une SCI qui acquiert un immeuble à 400 000 €, frais compris, entièrement destiné à la location nue. Les hypothèses suivantes sont retenues à titre purement illustratif, pour montrer le mécanisme — pas comme une projection garantie :

  • quote-part du terrain (non amortissable) : 20 %, soit 80 000 € ;
  • valeur amortissable du bâti : 320 000 €, sur une durée indicative de 30 ans, soit une dotation annuelle de 10 667 € ;
  • loyers annuels bruts encaissés par la SCI : 24 000 € ;
  • charges réelles de l'exercice : 4 000 € ;
  • intérêts d'emprunt de l'exercice : 6 000 € ;
  • frais de structure de la société : 1 500 € ;
  • immeuble achevé depuis plus de 15 ans : la CRL de 2,5 % des loyers s'applique.

Par souci de lisibilité, la CFE — variable selon la commune — n'est pas isolée ici : elle s'ajoute en pratique aux charges et réduit d'autant l'IS dû. Pour la même raison, seul l'amortissement du bâti est représenté ; en réalité, travaux et mobilier s'amortissent en plus, sur des durées plus courtes, ce qui accentue encore l'effet des premières années.

PosteMontant
Loyers annuels bruts+ 24 000 €
Charges réelles− 4 000 €
Intérêts d'emprunt− 6 000 €
Frais de structure de la société− 1 500 €
CRL (2,5 % des loyers)− 600 €
Amortissement du bâti (320 000 € / 30 ans)− 10 667 €
Résultat fiscal1 233 €
IS dû (15 %, intégralement en première tranche)≈ 185 €

Sur cette première année, la SCI règle environ 185 € d'impôt sur les sociétés — moins de 1 % des loyers encaissés. C'est l'effet le plus visible, et souvent le seul retenu, de la SCI à l'IS : l'amortissement écrase le résultat imposable. Avec un levier d'emprunt plus important ou des travaux à amortir en plus du bâti, le résultat fiscal peut même devenir négatif : ce déficit ne serait pas perdu, il s'imputerait sans limite de durée sur les résultats des exercices suivants, comme expliqué plus haut.

Ce résultat quasi nul chaque année a toutefois une contrepartie, presque toujours sous-estimée au moment de l'achat : elle se paie à la sortie.

Point décisif

La plus-value réalisée par une SCI à l'IS lors de la revente ne bénéficie d'aucun abattement pour durée de détention — quelle que soit la durée pendant laquelle l'immeuble a été conservé. À l'inverse, un bien détenu en direct par un particulier profite d'un abattement progressif qui exonère totalement la plus-value à 22 ans pour l'impôt sur le revenu, et à 30 ans pour les prélèvements sociaux. Pire : la plus-value taxable à l'IS se calcule sur la valeur nette comptable, c'est-à-dire après déduction de tous les amortissements pratiqués — les mêmes amortissements qui ont réduit l'impôt annuel. Ce que l'amortissement fait gagner chaque année, il le reprend en grande partie à la sortie : ce n'est pas une suppression d'impôt, c'est un report.

Comment est imposée la revente d'un bien détenu par une SCI à l'IS ?

Pour chiffrer une sortie, ce site retient une hypothèse simplificatrice — une liquidation en une fois, c'est-à-dire une revente suivie de la dissolution de la société — qui permet un résultat comparable aux autres régimes. Ce n'est en rien une obligation : une SCI à l'IS peut tout à fait continuer d'exister après une revente, réinvestir le produit de cession, ou distribuer sa trésorerie progressivement.

La plus-value se calcule ainsi : prix de cession net, moins valeur nette comptable (VNC) — le prix d'acquisition diminué de tous les amortissements pratiqués depuis l'achat. Reprenons l'exemple précédent : après 15 ans, l'amortissement cumulé du bâti atteint environ 160 000 € (15 × 10 667 €), ramenant la VNC à environ 240 000 € (400 000 € − 160 000 €). Si l'immeuble se revend, par hypothèse, 480 000 € nets de frais (revalorisation nominale modeste sur 15 ans, retenue à titre d'illustration), la plus-value taxable atteint environ 240 000 € — soit trois fois le gain « économique » apparent de 80 000 € (480 000 € − 400 000 € de prix d'achat).

Cette plus-value est d'abord imposée à l'IS, après imputation d'éventuels déficits reportés — au barème vu plus haut, environ 55 750 € pour une plus-value de cette ampleur taxée en une seule fois. Le solde de trésorerie est ensuite distribué aux associés selon deux régimes : le remboursement des apports en compte courant d'associé, en franchise d'impôt puisqu'il s'agit du remboursement d'une somme prêtée par l'associé à sa société ; et le solde — le « boni » — taxé au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % depuis le 1er janvier 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, LFSS 2026 — fiche service-public entreprendre A18796).

CritèreSCI à l'ISDétention en direct (particulier)
Base de calcul de la plus-valuePrix de cession net − VNC (prix d'achat moins amortissements pratiqués)Régime des particuliers, non détaillé dans cet article
Abattement pour durée de détentionAucun, quelle que soit la duréeProgressif : exonération totale à 22 ans (IR) et 30 ans (prélèvements sociaux)
Imposition de la plus-valueIS (15 % / 25 %) sur la société, après déficits reportés, puis PFU 31,4 % sur le boniRégime propre aux particuliers, à comparer au cas par cas
Effet des amortissements pratiquésRéduisent l'IS chaque année, mais réduisent d'autant la VNC — donc augmentent la plus-value taxableSans incidence classique ; en LMNP au réel, réintégrés dans le calcul depuis 2025
Ce qui compenseCapitalisation à taux réduit, transmission facilitée des parts (donation, démembrement)Simplicité, pas de structure de société, abattement favorable au temps long

Le régime des plus-values immobilières des particuliers n'est volontairement pas détaillé ligne par ligne ici : il mérite sa propre analyse, et se compare plus utilement bien par bien, à votre TMI et à votre horizon, avec le comparateur du site.

SCI à l'IS ou détention en direct : quel régime pour quel profil d'investisseur ?

La SCI à l'IS n'est ni supérieure ni inférieure à la détention en direct : elle répond à un objectif différent, et le tableau ci-dessus en résume l'arbitrage. Elle convient à un investisseur dont les revenus locatifs ne sont pas nécessaires à son train de vie, et qui préfère les laisser capitaliser dans la société — aux taux réduits de l'IS — plutôt que les percevoir chaque année au barème progressif. Elle convient aussi à celui qui pense déjà à la transmission de son patrimoine, pour les raisons détaillées plus loin.

Elle convient beaucoup moins bien à qui recherche un complément de revenu immédiat, ou envisage une revente avant 15-20 ans : l'absence d'abattement de durée pèse alors lourd, et la comptabilité de société ajoute des coûts et du formalisme — frais de structure, expert-comptable, assemblées — qu'une détention directe, notamment en LMNP au réel, n'impose pas. Le LMNP au réel reste rattaché au régime des plus-values des particuliers et à son abattement de durée, même s'il réintègre depuis 2025 les amortissements dans le calcul de la plus-value — une évolution qui réduit son avantage historique sans l'annuler.

SCI à l'IS ou détention directe ?

Revenus non nécessaires au train de vie, réinvestis dans la durée, projet de transmission organisé → SCI à l'IS. Besoin de percevoir les loyers rapidement, revente envisagée avant 15-20 ans, préférence pour la simplicité → détention en direct, notamment en LMNP au réel.

Pourquoi la SCI à l'IS revient-elle si souvent dans les stratégies de transmission ?

Un immeuble détenu en direct est indivisible : le transmettre à plusieurs héritiers crée une indivision, souvent source de blocages en cas de désaccord sur la gestion ou une éventuelle revente. Les parts d'une SCI, elles, se divisent aussi finement que nécessaire, se donnent progressivement, et se démembrent — usufruit contre nue-propriété — sans découper physiquement le bien. C'est ce qui explique que la SCI, à l'IS comme à l'IR, reste l'un des outils les plus utilisés en ingénierie patrimoniale familiale.

Associée à l'IS, cette souplesse se combine avec la capitalisation : les loyers non distribués restent dans la société, taxés aux taux réduits de l'IS plutôt qu'au barème progressif, et augmentent mécaniquement la valeur des parts qui seront un jour données ou transmises. C'est un raisonnement de long terme, qui suppose d'accepter en échange l'absence d'abattement de durée si le bien est un jour revendu plutôt que transmis.

Quelles sont les limites d'une simulation simplifiée de SCI à l'IS ?

Comme tous les régimes du comparateur du site, la SCI à l'IS y est modélisée de façon volontairement simplifiée, pour rester lisible et comparable aux autres régimes locatifs. Plusieurs éléments réels ne sont pas intégrés au calcul automatique et méritent d'être ajoutés à la main, avec votre conseil, selon votre situation :

  • l'imposition annuelle des produits de placement si la SCI place sa trésorerie excédentaire (comptes à terme, contrats de capitalisation…) ;
  • les acomptes d'IS, exigibles par avance au-delà d'un certain montant d'impôt dû, qui pèsent sur la trésorerie sans changer le montant final ;
  • l'IFI sur la valeur des parts détenues par chaque associé, les dettes de compte courant d'associé étant exclues de la valorisation par des clauses anti-abus (art. 965 et 973 du CGI) ;
  • les droits d'enregistrement de 5 % en cas de cession des parts elles-mêmes — à distinguer d'une cession de l'immeuble par la société (art. 726 du CGI) ;
  • le choix, sur le boni distribué, entre le PFU et le barème progressif avec abattement de 40 % (art. 200 A du CGI) ;
  • la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, à titre personnel ;
  • la taxe de 20 % sur certaines holdings patrimoniales créée par la loi de finances pour 2026 (art. 235 ter C du CGI) — un point de vigilance qui ne vise pas, en principe, une SCI louant au prix du marché.

Rien de tout cela ne remet en cause les grands équilibres présentés ici, mais ces éléments peuvent modifier le résultat net selon votre situation — à voir avec un professionnel avant de trancher.

Questions fréquentes sur la SCI à l'IS

Quel est le principal piège fiscal de la SCI à l'IS à la revente ?

C'est l'absence totale d'abattement pour durée de détention. Que vous reveniez après 5 ans ou après 30 ans, la plus-value — calculée sur la valeur nette comptable, donc après déduction des amortissements pratiqués — reste taxée dans les mêmes conditions. En détention directe, à l'inverse, un abattement progressif exonère totalement la plus-value à 22 ans (impôt sur le revenu) et 30 ans (prélèvements sociaux). C'est l'écart le plus sous-estimé au moment de choisir entre les deux régimes.

Le déficit d'une SCI à l'IS se reporte-t-il indéfiniment ?

Oui, et c'est une différence structurante avec le LMNP ou le LMP. Si l'amortissement dépasse le résultat, le déficit constaté se reporte sans limite de durée sur les exercices suivants, sans le plafonnement de l'article 39 C qui, en location meublée, limite l'imputation des amortissements. Dans les premières années d'un investissement à fort levier, cela peut suffire à annuler l'IS pendant plusieurs exercices.

Comment sortir l'argent de la SCI sans payer l'impôt deux fois ?

La trésorerie distribuée suit deux régimes. Le remboursement des apports en compte courant d'associé se fait en franchise d'impôt : ce n'est pas un revenu, c'est le remboursement d'une somme que vous avez prêtée à votre société. Seul le solde — le « boni » — est taxé, au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % depuis le 1er janvier 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu, 18,6 % de prélèvements sociaux).

SCI à l'IS ou LMNP au réel : lequel choisir pour la fiscalité de la revente ?

Les deux régimes ont convergé depuis 2025, sans devenir identiques. Le LMNP au réel reste rattaché au régime des plus-values des particuliers et à son abattement de durée — mais il réintègre désormais les amortissements pratiqués dans le calcul, ce qui réduit son avantage historique. La SCI à l'IS, elle, n'a jamais bénéficié de cet abattement. Le choix dépend surtout de l'horizon — capitalisation et transmission en société, ou simplicité et abattement de durée en direct — plus que d'un calcul ponctuel.

Dois-je payer la CRL si mon immeuble est récent ?

Non. La Contribution sur les Revenus Locatifs (CRL), au taux de 2,5 % des loyers, ne s'applique qu'aux immeubles achevés depuis au moins quinze ans au 1er janvier de l'année d'imposition (article 234 nonies du CGI), et elle est de toute façon écartée si les loyers annuels ne dépassent pas 1 830 € par local, ou s'ils sont soumis à la TVA. Notre comparateur l'inclut par défaut, mais vous pouvez la désactiver si votre bien est plus récent.

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Le régime de la SCI à l'IS est traité par ce site de façon simplifiée : les hypothèses retenues (quote-part de terrain, durée d'amortissement, liquidation en une fois à la sortie) sont des choix de modélisation raisonnables, pas des obligations légales, et plusieurs éléments réels (trésorerie placée, acomptes d'IS, IFI, droits d'enregistrement sur cession de parts…) ne sont pas intégrés au calcul automatique. Cet article ne constitue pas un conseil personnalisé et ne remplace ni un expert-comptable ni un notaire.

EXP Capital — ORIAS n° 25005915.

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