
« Avec l'amortissement, votre SCI ne paie quasiment pas d'impôt » : c'est l'argument qui convainc le plus vite d'opter pour l'IS, et il n'est pas faux — sur un immeuble locatif de 400 000 €, l'impôt sur les sociétés dû la première année peut tomber sous les 200 €. Mais ce chiffre isolé ne dit rien de deux réalités qui pèsent tout autant : la structure elle-même a un coût récurrent qu'une détention en direct n'a pas (comptabilité, CFE, formalisme), et l'amortissement qui écrase l'impôt chaque année revient, en grande partie, au moment de la revente — sous forme d'une plus-value taxable sans aucun abattement de durée. Nous décomposons ici le coût réel complet d'une SCI à l'IS, de la création à la sortie, sur un immeuble de référence, comparé poste par poste à une détention directe.
Combien coûte la création d'une SCI à l'IS ?
Avant même d'acheter l'immeuble, la structure elle-même a un prix. Les frais administratifs obligatoires (annonce légale de constitution, immatriculation au RCS, déclaration des bénéficiaires effectifs) s'élèvent à environ 270 à 310 € TTC en 2026. Le poste le plus variable reste la rédaction des statuts : gratuite si vous la faites seul, 100 à 300 € via une plateforme légaltech pour une SCI familiale classique, 1 500 à 2 500 € si vous confiez la mission à un notaire ou un avocat — recommandé dès que le montage prévoit un démembrement, une clause d'agrément spécifique ou plusieurs associés non familiaux.
| Poste (création, une fois) | Montant / ordre de grandeur |
|---|---|
| Annonce légale de constitution | ≈ 191 € HT |
| Immatriculation au RCS (greffe) | ≈ 60 € |
| Déclaration des bénéficiaires effectifs | ≈ 19 € |
| Rédaction des statuts (seul, légaltech, ou notaire/avocat) | 0 € à 2 500 € |
| Capital social apporté (symbolique à recommandé) | ≈ 1 000 à 10 000 € |
| Total frais administratifs + statuts (hors capital) | ≈ 300 à 3 100 € |
Ordres de grandeur 2026. Le capital social n'est pas une dépense mais une somme apportée à la société : il reste juridiquement la propriété des associés, sous forme de parts sociales.
Les frais d'acquisition de l'immeuble par la société
Une fois la SCI immatriculée, l'achat de l'immeuble suit le même barème que pour un particulier : la forme juridique de l'acheteur n'influe ni sur les droits de mutation, ni sur les émoluments du notaire. Comptez 7 à 8 % du prix dans l'ancien, 2 à 3 % dans le neuf. Sur notre immeuble de référence — 400 000 € hors frais, destiné à la location nue — voici le premier bloc de coûts, celui de l'entrée :
| Poste (acquisition, une fois) | Montant / ordre de grandeur |
|---|---|
| Prix de l'immeuble hors frais | 400 000 € |
| Frais de notaire (7 à 8 % dans l'ancien) | ≈ 28 000 à 32 000 € |
| Frais de dossier et garantie bancaire (emprunt par la société) | ≈ 1 500 à 2 500 € |
| Apport personnel usuel (10 à 20 %, souvent exigé d'une société) | ≈ 40 000 à 80 000 € |
Rien de spécifique à l'IS jusqu'ici : ces frais seraient identiques pour un achat en direct ou via une SCI à l'IR. C'est à partir de la détention que les deux trajectoires divergent.
Chaque année : le surcoût de structure qu'une détention en direct n'a pas
Une SCI à l'IS impose un formalisme qu'un propriétaire en nom propre n'a pas : tenue d'une comptabilité commerciale (bilan, compte de résultat, liasse fiscale), approbation annuelle des comptes en assemblée, et paiement d'une Cotisation Foncière des Entreprises (CFE) due par toute société soumise à l'IS — quel que soit son résultat, y compris s'il est nul.
| Poste (chaque année) | Montant / ordre de grandeur |
|---|---|
| Honoraires d'expert-comptable (quasi indispensable à l'IS) | ≈ 1 200 à 2 500 €/an |
| CFE (variable selon la commune et le chiffre d'affaires locatif) | ≈ 500 à 1 500 €/an |
| Formalisme (AG d'approbation des comptes, greffe) | ≈ 200 à 500 €/an |
| Domiciliation (si le siège n'est pas au domicile du gérant) | ≈ 200 à 500 €/an |
| Total surcoût de structure | ≈ 2 100 à 5 000 €/an |
Taxe foncière, assurance propriétaire non occupant, entretien et gestion locative ne sont pas comptés ici : ce sont des charges communes à toute détention immobilière, identiques en direct ou en société.
L'IS réellement payé, grâce à l'amortissement
C'est le poste que les plaquettes commerciales mettent en avant, et il est réel. Chaque année, le résultat fiscal de la SCI se calcule en déduisant des loyers les charges, les intérêts d'emprunt, les frais de structure vus plus haut, la CFE, et surtout l'amortissement du bâti — un levier qu'un propriétaire en direct, hors LMNP, n'a pas. Sur notre immeuble de référence (320 000 € de bâti amortissable sur 30 ans, soit 10 667 €/an), avec 24 000 € de loyers annuels et 6 000 € d'intérêts, le résultat fiscal tombe à quelques centaines d'euros les premières années — une fois la CFE elle-même déduite, il peut même devenir nul, voire légèrement négatif.
| Année | Loyers indexés (≈1,5 %/an) | Amortissement du bâti | IS dû (ordre de grandeur) |
|---|---|---|---|
| Année 1 | 24 000 € | 10 667 € | ≈ 0 à 200 € |
| Année 5 | ≈ 25 800 € | 10 667 € | ≈ 200 à 500 € |
| Année 10 | ≈ 27 800 € | 10 667 € | ≈ 500 à 900 € |
| Année 15 | ≈ 30 000 € | 10 667 € | ≈ 900 à 1 400 € |
Simulation illustrative à charges et intérêts d'emprunt constants, loyers indexés à 1,5 % par an, amortissement du bâti seul (les travaux et le mobilier, amortis en plus sur des durées plus courtes en pratique, accentueraient encore l'effet). L'IS cumulé sur 15 ans reste, dans cet exemple, de l'ordre de 5 000 à 8 000 € au total — contre des dizaines de milliers d'euros d'impôt sur le revenu pour un foyer à TMI élevée détenant le même bien en direct, comme le montre le tableau suivant.
Distribuer les loyers : le vrai coût combiné, IS puis PFU
Tant que l'argent reste dans la société, l'IS quasi nul est le seul impôt payé. Mais dès qu'un associé veut percevoir cette trésorerie, une seconde couche s'ajoute : le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis le 1er janvier 2026) sur les sommes distribuées, en plus de l'IS déjà réglé par la société. Sur la tranche à 15 % d'IS, le taux combiné réel atteint environ 41,7 % ; au-delà, sur la tranche à 25 %, il monte à environ 48,6 %.
| Scénario | Taux combiné sur le résultat distribué |
|---|---|
| SCI à l'IS, tranche 15 % + PFU 31,4 % sur le net distribué | ≈ 41,7 % |
| SCI à l'IS, tranche 25 % + PFU 31,4 % sur le net distribué | ≈ 48,6 % |
| Détention directe, foyer à TMI 41 % + prélèvements sociaux 17,2 % | ≈ 58,2 % |
| Détention directe, foyer à TMI 30 % + prélèvements sociaux 17,2 % | ≈ 47,2 % |
La conclusion n'est donc pas universelle : pour un foyer à TMI 41 % ou 45 % qui distribue systématiquement, la SCI à l'IS reste souvent moins taxée que la détention directe, même en comptant les deux couches d'impôt. Pour un foyer à TMI 30 %, l'écart se resserre, voire s'inverse si le résultat de la société dépasse la première tranche de 42 500 €. Faites toujours chiffrer votre propre taux combiné avant de conclure.
Le coût différé qu'on ignore trop souvent : la sortie sans abattement
Point décisif
La plus-value réalisée par une SCI à l'IS ne bénéficie d'aucun abattement pour durée de détention, et elle se calcule sur la valeur nette comptable (VNC) — le prix d'acquisition diminué de tous les amortissements pratiqués. Ce que l'amortissement fait gagner chaque année en réduisant l'IS, il le reprend en grande partie à la sortie : ce n'est pas une suppression d'impôt, c'est un report. Sur notre exemple, après 15 ans, l'amortissement cumulé atteint 160 000 €, ramenant la VNC à 240 000 € pour un immeuble acheté 400 000 €.
Si l'immeuble se revend 480 000 € nets de frais après 15 ans, la plus-value taxable à l'IS atteint 240 000 € — trois fois le gain économique apparent de 80 000 €. Comparons avec une détention directe du même immeuble, au même prix, sur le même horizon, pour un foyer à TMI 41 % :
| Critère (revente à 15 ans, 480 000 €) | SCI à l'IS | Détention en direct |
|---|---|---|
| Base de calcul de la plus-value | Prix de cession − VNC (400 000 € − 160 000 € d'amortissements) | Prix de cession − prix d'achat (400 000 €) |
| Plus-value taxable | 240 000 € | 80 000 € |
| Abattement pour durée de détention | Aucun | 60 % (IR) et 16,5 % (PS) à 15 ans |
| Impôt dû sur la plus-value | ≈ 55 750 € (IS, barème 15 %/25 %) | ≈ 17 570 € (IR 19 % + PS 17,2 %, après abattement) |
L'écart à la sortie — environ 38 200 € dans cet exemple — est le vrai « coût caché » de la SCI à l'IS. Il ne s'annule pas avec la durée de détention, contrairement à ce qu'on pourrait espérer : plus vous conservez longtemps, plus l'amortissement cumulé est élevé, et plus la plus-value taxable à la VNC est mécaniquement importante — même si, par ailleurs, l'absence d'impôt annuel a fait économiser bien plus sur la durée.
Le coût réel net sur 15 ans : SCI à l'IS contre détention directe
Mettons bout à bout tous les postes vus plus haut, pour un foyer à TMI 41 % qui capitalise (ne distribue rien pendant la détention) et revend après 15 ans à 480 000 €. Les frais d'acquisition (identiques dans les deux scénarios) ne sont pas repris ici pour isoler ce qui distingue réellement les deux régimes.
| Poste (sur 15 ans, TMI 41 %) | SCI à l'IS | Détention en direct |
|---|---|---|
| Frais de création de la structure | ≈ 300 à 3 100 € | 0 € |
| Surcoût de structure cumulé (comptabilité, CFE…) | ≈ 31 500 à 75 000 € | 0 € |
| Impôt cumulé sur les loyers (15 ans, non distribués) | ≈ 5 000 à 8 000 € (IS) | ≈ 122 000 € (IR + PS sur le foncier net) |
| Impôt sur la plus-value à la revente | ≈ 55 750 € | ≈ 17 570 € |
| Total (ordre de grandeur) | ≈ 92 500 à 141 900 € | ≈ 139 570 € |
Simulation illustrative sur un profil de référence (TMI 41 %, immeuble locatif nu 400 000 €, revente à 480 000 € après 15 ans, capitalisation sans distribution intermédiaire). Le résultat dépend fortement du niveau réel des frais de structure, de la TMI du foyer et de la revalorisation effective du bien : à faire recalculer sur votre propre situation avant toute décision.
Sur ce profil précis — TMI élevée, capitalisation sans distribution, horizon long — la SCI à l'IS reste, dans le bas de la fourchette, légèrement moins coûteuse que la détention directe, malgré l'absence d'abattement à la sortie. Mais l'écart est beaucoup plus faible que ne le laisse penser le seul argument de l'IS « proche de zéro », et il peut totalement s'inverser dans le haut de la fourchette de frais de structure, sur un horizon plus court, ou pour un foyer à TMI plus modérée.
Ce qu'il faut retenir
Le coût réel d'une SCI à l'IS n'est jamais l'impôt annuel affiché seul. Il additionne un coût de structure certain et récurrent, un impôt annuel effectivement très faible grâce à l'amortissement, et un coût différé à la sortie qui peut représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros sur un patrimoine significatif. Les trois doivent être chiffrés ensemble, sur votre horizon réel, avant d'opter — pas seulement le premier.
Ce que ce calcul ne remplace pas
Ces ordres de grandeur reposent sur un immeuble de référence et des hypothèses génériques (quote-part de terrain, durée d'amortissement, indexation des loyers, revalorisation à la revente). Ils ne tiennent pas compte des acomptes d'IS, de l'IFI sur la valeur des parts, des droits d'enregistrement de 5 % en cas de cession de parts plutôt que de l'immeuble, ni des frais de financement propres à votre projet. Une simulation personnalisée, à partir de votre situation et du bien envisagé, reste indispensable avant d'opter pour l'IS — une décision qui engage la société durablement.
Questions fréquentes sur le coût réel d'une SCI à l'IS
Le « quasi 0 % d'impôt » affiché la première année, est-ce vrai ?
Oui, c'est réel : grâce à l'amortissement du bâti, le résultat fiscal d'une SCI à l'IS nouvellement créée est souvent proche de zéro, parfois négatif. Mais ce chiffre ne dit rien du coût de structure récurrent (comptabilité, CFE) ni du coût différé à la revente, où la plus-value se calcule sur une base réduite par ces mêmes amortissements — sans aucun abattement de durée pour la compenser.
La SCI à l'IS coûte-t-elle plus cher qu'une détention en direct ?
Cela dépend de votre TMI, de votre horizon de détention et de votre niveau réel de frais de structure. Pour un foyer à TMI élevée qui capitalise sur le long terme, la SCI à l'IS reste souvent légèrement moins coûteuse au global, malgré l'absence d'abattement à la sortie. L'écart se resserre nettement, et peut s'inverser, pour un horizon plus court ou une TMI plus modérée.
Quels sont les frais récurrents propres à une SCI à l'IS que je n'aurais pas en direct ?
Principalement les honoraires d'expert-comptable (quasi indispensables à l'IS), la Cotisation Foncière des Entreprises due chaque année quel que soit le résultat, et le formalisme de l'approbation annuelle des comptes — au total, de l'ordre de 2 100 à 5 000 € par an selon la complexité du dossier et le prestataire retenu.
Comment réduire le coût réel d'une SCI à l'IS ?
Comparez plusieurs experts-comptables plutôt que de retenir le premier devis, faites chiffrer au moins deux scénarios de sortie (revente à 10 et 20 ans) avant d'opter, et ne distribuez que ce dont vous avez réellement besoin : chaque euro laissé en capitalisation dans la société échappe au PFU jusqu'à sa distribution effective.
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Les montants indiqués dans cet article sont des ordres de grandeur construits sur un immeuble de référence, à titre pédagogique, fondés sur le cadre fiscal en vigueur en août 2026. Ils ne constituent pas un conseil fiscal ou en investissement et ne remplacent ni un expert-comptable ni un notaire. Tout projet de SCI à l'IS doit faire l'objet d'une étude personnalisée.
EXP Capital — ORIAS n° 25005915.